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Souvenirs

dimanche 10 octobre 2010, par Laetitia

Rémy Alhéritière, aujourd’hui décédé, avait écrit pour le Plovotois plusieurs articles de souvenirs de sa jeunesse avec souvent beaucoup d’humour et de fraîcheur. C’est maintenant Mariette, sa veuve, qui prend le relais et nous raconte ce qu’elle a vécu un beau jour sur la route entre Genlis et Longeault.

Souvenirs,

C’était pendant la guerre, dans les années 43-44. J’avais treize ans. J’étais à Genlis chez mon père et ce jour là, je devais me rendre à bicyclette chez mes grands-parents à Pluvault. Au début de l’après-midi, des avions alliés ont survolé Genlis et ont mitraillé un train allemand stationné sur la voie ferrée entre Genlis et Collonges, à hauteur du bois de Beire-le-Fort. Quand tout fut rentré dans l’ordre, mon père me dit : « tu peux aller à Pluvault, c’est fini ». Mais non, au contraire, tout allait commencer. Le train qui avait été mitraillé était un train de munitions et les wagons commençaient à exploser alors que j’étais sur la route. Toute ma vie, je verrai ces immenses gerbes de feu s’élever dans le ciel, accompagnées de détonations épouvantables. Soudain, quelqu’un m’appelle. C’était une personne de Longeault. « Petite, ne reste pas sur la route, tu vas te faire tuer, viens de l’autre coté du talus, tu seras protégée. » Enfin, au bout d’un long moment qui m’a paru interminable, mon bon samaritain me dit que je pouvais gagner Pluvault. En arrivant au village, j’ai vu avec stupéfaction que la moitié des vitraux de l’église avait été soufflés par la déflagration. Mes grands parents m’ont montré des impacts de balles sur la façade de la maison, coté jardin. Je me suis soudain souvenue que nous avions installé une poule couveuse au poulailler et que l’éclosion des petits poulets était imminente. J’entre au poulailler et je trouve une balle perdue qui était entrée par la porte restée ouverte et, sur le nid, notre brave poule qui, imperturbablement, couvait toujours !

Mariette Alhéritière